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La séance n°1 de l’instructeur, vue de l’extérieur...
C’est ici le résumé de Jean-Christophe, spectateur et non cavalier qui a assisté à la séance décrite dans l’article précédent. Son point de vue extérieur est particulierement interessant et éclairant...

Dons, aides et disciplines ...

Il est vrai que pour quelqu’un dont l’équitation se résume à deux chutes consécutives et un retour à pied, les arcanes de l’équitation semble fermées à la compréhension. Pourtant je cherche à comprendre. M. Jourdin m’a donné les clefs, dans cette synthèse, des interactions entre les hommes et les équidés, ou plus généralement entre les hommes et les autres animaux.

Bien qu’il soit évident de comprendre que nous devrions nous mettre un peu à la place de l’autre, en l’occurrence un animal, avant d’envisager de lui faire faire n’importe quoi. Les bonnes résolutions s’écroulent facilement en face d’un chat qui réclame la porte alors qu’il est rentré il y a tout juste cinq minutes, un chien qui refuse de venir, un cheval qui part au galop sans en être informé préalablement. La première clef c’est le vocabulaire. Comme disent les mathématiciens, devant un problème il faut se replonger d’abord sur les définitions.

Le premier sera donc discipline. L’équitation est une discipline. D’où vient ce mot discipline ? Des militaires ? Je ne crois pas. Dans toute "discipline" c’est de la notre que l’on parle. Avant d’envoyer un coup de pied au chat, je vais me maîtriser, et me discipliner. Réfléchissons un peu : Le chat est un petit prédateur, qui mange de petites proies. Aujourd’hui il chasse plutôt les croquettes, et dans les mêmes quantités, une ou deux par demi-heure. Il le fait en cinq minutes, ensuite il ressort, CQFD. La jument qui part au galop n’avait certainement pas envie de s’arrêter avec un idiot qui hurlait des ordres d’arrêts en gesticulant de manière grossière et désordonnée au point de tomber comme un gros sac... : manque de discipline, il aurait fallu parler doucement, se poser en arrière, et stopper en confiance, la Dame ... CQFD encore une fois. Bien souvent les premières réactions sont à l’inverse de ce qu’on espère, car on oublie de se maîtriser, d’adopter une discipline qui maîtrise nos réactions premières. Chaque geste est une petite contrainte nécessaire pour se comprendre.

Ce qui nous amène aux "aides". L’habitude d’une machine possédant des commandes, n’est pas nécessairement une bonne interprétation de la situation. C’est le mot "aides" qui m’a le plus frappé, on ne donne pas d’ordre au cheval, on lui indique ce qu’on lui demande avec des gestes qui l’aident. C’est une différence catastrophique, qui remet en cause les habitudes de langage, replace les mots dans leurs contextes, et surtout, les actes dans les leurs. Le cheval a la capacité de comprendre, il a le droit de comprendre. Bien souvent nous n’avons pas eu ce droit, et cela ne nous a pas fait plaisir non plus. Ou, on n’a pas pu comprendre et on a eu honte et peur de se tromper. Nous demandons, nous expliquons, avec les aides, du mieux possible, pour éviter la confusion, et donc la peur, ou la colère. Et ceci avec la position globale de son corps, de ses mains, des ses jambes, et de sa voix.

M. Jourdain a martelé son cours du mot "dons". J’étais dans le froid en train de me demander, comment un tel animal avait-il envie de faire ce qu’on lui demandait de faire ? Comment dans son monde pouvait-il intégrer ce rapport, imposé tout de même, et faire ce qu’on lui demandait ? Quel est son point de vu face aux êtres humains qui lui grimpent sur le dos ? Envers les êtres humains tout court ? Qu’est-ce qui le pousse à donner ce qu’on lui demandait ? En regardant nombre de reprises j’ai observé les gens aussi bien que les animaux en cherchant à comprendre cette relation si discrète qu’elle n’est pas visible tout de suite. J’ai souvent remarqué que les chevaux étaient concentrés autant que le cavalier surtout dans cette reprise de l’instructeur. Chaque couple dans sa volte, souvent au point de passer près des autres, sans réagir spécialement à cette distance précise que les chevaux n’aiment pas voir franchir lorsqu’ils sont au pré. Je pense que le seul fait que le cavalier soit heureux du travail accompli est irrémédiablement senti par le cheval et cela lui procure aussi un bien-être qui lui permet de donner ce travail.

C’est comme raconter une histoire et voir les autres suspendu à nos lèvres ou rire aux éclats.

Nos aides racontent une histoire, à nous de la faire comprendre.