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2014 - Géraldine & Lys, une amitié de 10 ans
Une amitié qui débuta il y a 10 ans, par une méprise !

Je suis devenue cavalière à huit ans. A cheval, les poneys n’ayant jamais fait partie de ma vie équestre. En 7 ans, j’avais passé tous mes examens fédéraux, mes mercredis, samedis et dimanches étaient rythmés par les cours, concours et stages. Mes compagnons de l’époque étaient Histrion, mêlant la puissance du trait et la fougue du sang, franchissait des montagnes et Nil Rose, pur-sang à la couleur des ténèbres et à la sensibilité de la lumière de l’aube, filait comme le vent, avalant les obstacles. Pendant 10 ans, ils remplirent ma vie. Puis la vie fait que parfois, nous n’avons d’autres choix que de s’éloigner de sa passion. Sans pour autant vivre sans elle, qui s’immisce dans tous nos rêves, nos espoirs, nos projets. C’est bien des années plus tard que je me remis à cheval. Enfin.

A la Tanière, Avec Dom. Je n’étais là que depuis quelques semaines quand par mégarde (sur sa porte était indiqué le nom d’un autre cheval que je devais monter, et ne les connaissant par encore suffisamment ...) je fis la connaissance de ce cheval blond, qui n’était pas au club mais à Jean. Ce fut le coup de foudre. Ses yeux à l’étincelle lumineuse, m’ont happée. Depuis ce jour, je suis allée le voir chaque fois que je montais. Heureuse que Jean soit avec nous en cours de TREC pour le voir avec lui. Puis Jean laissa Lys au club, car ses genoux avaient trop de peine à suivre ses allures rebondissantes.

Commença alors notre histoire, celle d’un jeune cheval de 4 ans qui a encore tout à apprendre, la joie de vivre et moi l’envie de créer une relation particulière avec ce cheval singulier. Parce qu’il était gai le chenapan ! Il en a éjecté des cavaliers ! Il fut un peu la terreur des cavaliers, surtout l’hiver venu ! De son père Comtois, il a la robe et la puissance, de sa mère mi trotteuse mi pur-sang, la fougue et l’inconfort ! Mais qu’importe. On a appris le TREC ensemble, développant cette complicité nécessaire à la discipline, nous avons sillonné quelques carrières de dressage, appris et approfondi nos accords grâce aux cours d’un fabuleux instructeur et Dom, année après année.

T’entendre me répondre de ton grave et doux hennissement quand je rentre dans l’écurie, te voir attraper mes bouts de manches, manger nos chips en concours, hennir pour qu’on reste près de toi, a forgé cette entente, cette soudure. On m’a proposé des demi pensions sur plusieurs chevaux, de beaux frisons, d’agréables pur-sang mais je n’ai jamais pu m’éloigner de toi, mon compagnon équestre. J’ai appris davantage avec toi qu’en toutes mes années d’apprentissage. J’ai appris que l’équitation était un échange avec un être en accord avec soi-même. Que la confiance et l’écoute ne pouvaient être que les bases d’une équitation heureuse.

Après une boiterie, on décela un mal incurable mais qui peut être soulagé, par la ferrure et le travail adapté. Naviculaire. Tu fus arrêté plusieurs semaines, on joua ensemble, avec des ballons dans ton box, des jouets, puis en liberté quand tu as pu ressortir. J’allais te distraire et notre complicité grandit encore un peu plus... Tu étais au pré l’été près de chez moi, à pied ou monté, tu étais déjà mon grand ami.

Après plusieurs TREC on vit que l’obstacle était de plus en plus douloureux pour toi, d’autant plus sur les obstacles descendants. Un jour de cours, nous devions franchir le trakehnen. Tu dérobas, et nous tombâmes ensemble, sur le côté, dans le talus. Dans tes yeux alors, je vis une chose qui me brisa le cœur. J’avais trahi ta confiance. De ce jour, nous ne fîmes plus de TREC. Et quasiment plus d’obstacle.

Heureusement, rapidement, chaque heure de cours, nous retrouvions nos accords, nos codes, nos reconnaissances. Chaque heure passée avec toi est une harmonie, un moment d’échange, un moment pendant lequel plus rien d’autre n’existe que cette envie de partager un moment où nous sommes heureux, ensemble. Tu écoutes chaque mot, (Tant pis si on a dit que je parlais trop...), tu réagis à chaque geste, tu anticipes chaque demande. Tu es mon cheval parfait, celui qui me rend heureuse. Je suis inquiète comme une mère si tu souffres, attendant fébrilement que tu guérisses. Je pourrais avoir un ami près de chez moi dans un pré. Mais si je regarde par la fenêtre, ce n’est que ton ombre que j’aperçois. Il n’y a que toi qui pourras un jour avoir cette place pour moi, mon géant aux pieds d’argile. Et si c’est pour des vieux jours tranquilles, alors ce sera une des plus belles choses qui pourraient m’arriver...

Géraldine & Lys.